Votez Robot !

Permettons-nous une analyse de programmes politiques de quelques personnalités ayant (ou ayant eu) des visées sur la fonction présidentielle. Nous n’analyserons pas le bien-fondé de leurs propositions, mais chercherons à voir comment les technologies de la robotique et de l’intelligence artificielle (IA) sont citées.

A droite, le programme de François Fillon est résolument tourné vers l’économie. C’est sous cet angle qu’il aborde la thématique technologique, avec un chapitre intitulé « libérer la société et l’économie grâce au numérique ». Il semble toutefois loin de l’avenir, parlant des technologies actuelles : économie collaborative ou imprimantes 3D, mais ne citant ni la robotique, ni l’IA.

François Fillon

A gauche, Benoît Hamon met pour le coup la robotique au cœur de son programme. Si la technologie n’est pas un des thèmes spécifiquement identifiés, le chapitre « travail » contient la proposition de la création d’une « taxe sur les robots ». Plus précisément, il propose de taxer la richesse créé par le remplacement d’un humain par une machine, en appliquant des cotisations sociales sur l’ensemble de la valeur ajoutée. Le candidat socialiste n’explique pas comment sera calculée cette valeur ajoutée. Si la valeur ajoutée d’une production a effectivement un sens en comparant la valeur d’un produit par rapport à celle de ses constituants, comment en séparer le travail du robot de celui de l’ensemble de la chaîne de production ? Quel sens aura cette notion à la deuxième génération de robots, qui remplaceront eux-mêmes des robots ? En prenant l’exemple de l’automobile, comment calculer le nombre d’ouvriers qu’il faudrait pour construire sans robot une voiture moderne afin d’appliquer une taxe à la valeur ajoutée robotique ? Alors que la robotisation des usines pourrait être l’occasion de les voir se réimplanter en France en les rendant de nouveau compétitives, cette taxe ne signifierait-elle pas aux investisseurs qu’ils feront mieux d’implanter leurs établissements à l’étranger ? Quelle cohérence politique aurait cette mesure, alors que les entreprises sont incitées à poursuivre leurs efforts de recherche et de développement par des mesures fiscales ? Comment peut-on espérer que les entreprises de recherche en robotique puissent se développer à l’international en réduisant le marché national ?

A l’heure de l’écriture de cet article, tous les programmes pour 2017 n’ont pas encore été dévoilés.

Concernant le Front National, le programme 2012 de Marine Le Pen ne mentionnait ni robotique, ni l’intelligence artificielle et ne comportait le terme « technologie » que pour prévenir du risque de transfert de celle-ci.

De même à l’autre extrémité du spectre, le programme de Jean-Luc Mélenchon pour 2012 ne citait aucune technologie d’avenir et souhaitait pénaliser les entreprises se servant des hautes technologies pour supprimer des emplois.

Jean-Luc Mélenchon en 2013
Jean-Luc Mélenchon en 2013

Emmanuel Macron a eu l’occasion de part ses anciennes fonctions de faire des discours devant des industriels du domaine des nouvelles technologies, mais sans apporter de vision.

Au centre, en 2012, François Bayrou avait réuni au siège du Modem un atelier d’experts pour comprendre les enjeux du numérique. Sans suite.

Élargissons le champ politique pour y rechercher des traces de technologie…

Alain Juppé identifiait les notions de robotique et d’IA, en pesant le pour et le contre : « Si la quatrième révolution industrielle est porteuse d’opportunités immenses, elle suscite des inquiétudes légitimes, notamment chez ceux dont elle pourrait remettre en cause les compétences et les emplois. »

Les nouvelles technologies n’étaient pas un thème du programme de Nicolas Sarkozy. Son site de campagne ne mentionnait que trois propositions, sur les incubateurs de startups, l’accès au numérique et la défiscalisation partielle de l’argent investi dans une startup.

Le « numérique » était au cœur du discours de Nathalie Kosciusko-Morizet. Pour autant, la présentation de ses propositions ne mentionnait ni l’IA, ni la robotique. Elle faisait preuve de positivisme numérique, pour lequel l’irruption de la technologie dans nos vies ne présentera que des bienfaits.

Manuel Valls n’abordait pas ces sujets. Rencontrant une fois un Peeper, il eu cette réaction : « J’admire beaucoup l’étendue de leur talent mais j’espère en tout cas, pour le moment, que pour eux l’innovation s’arrêtera avant de leur permettre de devenir Premier ministre ».

Alors ministre du Redressement Productif, Arnaud Montebourg avait déclaré « La robotique ne tue pas l’emploi, elle développe l’emploi » et vouloir « propulser l’impression 3D vers les cieux. » Il était dans son rôle, sans donner de suite dans un programme électoral.

Le bilan est terne. Un seul de ces prétendants parlait dans son programme de la robotique et de l’IA, à la fois en termes de débouchés et de problématique. Un petit nombre s’extasie devant l’avenir sans nuage apporté par les nouvelles technologies. Pour les autres, c’est la crainte, soit pour l’emploi, soit pour la nation.

Un homme politique n’est pas un spécialiste en technologie. Mais l’on constate que, bien que faisant de la politique depuis plusieurs années, quasiment aucun n’évoque jamais l’IA ou la robotique, en dehors de discours requis par une fonction.

La plupart ignore ces sujets qui façonneront les prochaines années et s’accroche à des débats sur l’ISF (créé en 1989) et les 35 heures (2000). Un horizon à cinq ans serait-il mauvais pour la vue ?

La technologie continue pourtant de bouleverser la compétition politique.

Elle permettait déjà de partager les données et les opinions toujours plus rapidement.

IBM Watson Elections
Les élections vues par Watson d’IBM

Elles tend maintenant à une analyse. Les programmes d’IA analysent les discours, d’abord pour les traduire, puis pour en extraire les passages importants. IBM est allé plus loin lors des élections américaines, en lançant le service Clarify. Ce dernier utilise les capacités de Watson, le programme cognitif qui a réussi à battre un humain au jeu Jeopardy et de Alchemy, un éventail de services d’analyses de données non structurées. Le bien-nommé Clarify est chargé d’éclairer les électeurs sur le débat. Il explique les questions posées aux candidats. Alchemy, lui, propose des représentations des résultats des analyses syntaxiques, telle que celle ci-dessous, qui montre les centres d’intérêts des camps démocrate et républicain.

Ces technologies sont ouvertes. Vous pouvez les utiliser pour créer des applications d’analyse des discours, tout comme les équipes des candidats sont libres de créer des applications d’analyse pour réaliser des discours plus efficaces ou pour souligner les fautes des interventions réalisées.

Des applications pour aider le scrutin

Google a spécialement créé une API (boîte à outils de programmation) offrant des informations certifiées sur les zones électorales, et les élus : Google Civic Information API.

Google Civics
Google Civics

Des sondages, toujours des sondages

Le Huffington Post propose lui aussi une API, Pollster, dont le but est d’agréger les résultats de milliers de sondages pour en offrir une vue synthétique dans des tableaux.

Associated Press offre un autre outil, AP Elections, collectant les résultats des scrutins pour proposer des rapports spécifiques, à l’image des applications existant dans le monde du sport pour générer des articles automatiques.

A l’échelle mondiale, le site Global Open Data Index, qui analyse la libre mise à disposition des données, a un chapitre « Election results ». La France y est bien placée, faisant partie de la quinzaine de pays ex-æquo à la première place du classement mondial, suite à l’ouverture des données des scrutins sur le site data.gouv.fr.

Propagande informatique

Le professeur Philip Howard de l’université d’Oxford étudie l’activité sur Twitter durant les débats pour les élections présidentielles américaines.

Selon ses résultats, Trump aurait utilisé beaucoup plus de bots (automates d’écriture de tweets) que Clinton. Par contre, ceux employés par l’équipe démocrate s’exprimaient mieux.

Ce ne sont pas moins de 1,7 millions de tweets qui sont suspectés d’avoir été automatiquement générés le soir du deuxième débat et durant les trois jours suivants.

[…] L’article dans son intégralité est paru dans Planète Robots n°43 du 1er Janvier 2017

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