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Les drones de la Marine

Serval

Le 17 décembre, au Centre d’Etude Stratégique de la Marine (CESM), à l’Ecole Militaire, à Paris, s’est tenu un colloque sur les drones et robots en mer. De quoi faire le point sur l’état de l’art et débattre sur les perspectives.

Définition du ministère de la Défense établie dans le Journal Officiel : Un drone est un « engin mobile terrestre, aérien ou naval, sans équipage embarqué, programmé ou télécommandé et réutilisable. Les drones militaires sont équipés de systèmes d’armes ou de recueils de renseignements. »

Retours d’expérience

Le capitaine de corvette Raphaël BURGUN et M. Frédéric SCHOM, chef du département drones navals de la DGA ont fait le rappel des expériences menées par la Marine.

Expérimentation SERVAL (un SDAM : Système de Drone Aérien de la Marine)

Il s’agissait d’élaborer des concepts et de définir les emplois des drones.

Pour cela, l’armée a utilisé un unique drone aérien Camcopter de la société autrichienne Schiebel, pesant 200 kg et disposant de 5h30 d’autonomie de vol. Il opérait à partir du bâtiment l’Adroit.

L’antenne de liaison se trouvait dans le mat du bâtiment. Les opérateurs, au nombre de quatre avaient leur poste sur la passerelle, sauf pour un technicien d’appontage.

L’appontage était semi-automatique : Le drone se positionnait automatiquement dans le sens du vent, les opérateurs choisissant de monter ou descendre. Il pouvait se réaliser avec un vent de 25 nœuds maximum. L’entraînement a lieu à terre.

L’expérimentation était réalisée en autonomie, le personnel, après formation par l’industriel, étant celui de l’armée. Le système avait été acheté sur étagère et n’était pas conçu initialement pour être employé en mer. Cette contrainte a généré des charges supplémentaires.

Le coût global s’est toutefois révélé être largement inférieur à celui d’un hélicoptère classique et le passage au pilotage de drone, relativement aisé pour un opérateur d’hélicoptère. De ce fait, la Marine considère maintenant qu’elle est capable de passer à une force de drones importante.

L’emploi du drone a été testé en opération (migration, surveillance des pèches).

Ce drone ne possédait pas de radar propre mais il a permit de doubler la zone de surveillance couverte par l’Adroit. Il pouvait transmettre de la vidéo en temps réel, y compris en infrarouge. Il est également utilisé par la marine italienne.

Une seconde expérimentation a été réalisée avec un mini-drone à voile fixe.

Il s’agissait de définir les modalités de récupération du drone et d’intégration de ses systèmes (antenne, batterie,…).

La récupération se faisait par filet (6×5 m) en 2014, puis par atterrissage en 2015, sur l’aviso Commandant BOUAN.

Vingt-huit approches et huit récupérations ont eu lieu, confirmant la faisabilité de l’opération. La récupération se faisait en mode automatique, ce qui est important car cela permet de se décharger d’importants besoins en ressources.

Expérimentations dans le cadre de la lutte contre les mines (SLAMF : système de lutte anti-mine futur)

Des investissements sont réalisés depuis 10 ans.

2005-2008 : Démonstrateur pour la capacité de déminage.

Un prototype a été employé par la France, l’autre, par la Norvège. Le drone explosait avec la mine.

2006-2010 : AUV (Autonomous Underwater Vehicle : Véhicule Autonome Sous-marin) de GDM (Guerre Des Mines)

Il s’agit d’un sous-marin équipé d’un sonar latéral. La fiabilité a été prouvée, avec 800 h de mission et une qualité des images remarquable.

2009-2013 : USV (Unmanned surface vehicle : véhicule de surface sans pilote) lourd de GDM.

Il s’agit du projet Espadon, dédié à la récupération d’engins autonomes sous-marins avec un véhicule de surface lui-même autonome (sa charge utile est donc constituée des AUV eux-mêmes).

2009-2013 : USV léger de GDM

Il s’agit d’une expérimentation Franco-singapourienne employant un système de télécommunication pour le repérage.

Les utilisations opérationnelles

2012 : AUV de GDM sur la bâtiment Thétis

C’est le premier AUV opéré par la Marine, équipé d’un sonar SAS.

Essai d’AUV pour les groupes des plongeurs démineurs.

Six véhicules ont été livrés, équipés de sonar latéral.

Lutte sous-marine

2008-2013 : programme Daurade

Drone ayant en charge utile un REA discret (sonar multi faisceaux et sondeur de sédiments). Ce programme a démontré la possibilité de l’adaptation de la mission à la charge utile en cours de mission. Le drone peut communiquer avec un opérateur à terre, qui valide la planification de l’opération.

2004-2009 : USV Spartan

Il utilise un sonar flash. Expérimentation en collaboration avec les Etats-Unis, qui la continuent seuls.

Depuis 2012 : planeurs sous-marin

Ils ont l’avantage de l’absence de motorisation, mais doivent tout de même régulièrement faire surface pour transmettre de l’information. Ils sont aussi utilisés dans le domaine civil et peuvent réaliser des enregistrements acoustiques.

Sécurisation des ports

2012-2016 : Évaluation du potentiel opérationnel de drones de surface.

Il s’agissait de tester l’authentification des bâtiments. En cas d’anomalie, le drone des alarmes lumineuses et sonores et lançaient des fusées d’alerte.

Premières conclusions

Tous ces retours d’expérience ont montrés que les améliorations principales à apporter concernent l’intelligence des engins (autonomie décisionnelle, adaptation du comportement, évitement des obstacles) et la fiabilisation de la récupération.

Retours d’expérience de l’Ifremer

La première utilisation d’un drone sous-marin par l’IFREMER a eu lieu il y a 30 ans. Aujourd’hui ils sont employés dans de multiples domaines civils : sciences, archéologie, ressources géologiques, physique, chimie.

M. Vincent RIGAUD, directeur de l’unité systèmes sous-marins de l’IFREMER a fait le rappel de l’impressionnante expérience de l’organisme de recherche dans ce secteur, et a rappelé quelques faits fondamentaux. En premier lieu, pour bien évaluer le coût du système dans son environnement, il faut comptabiliser le navire, partiellement spécialisé.

L’industrie assiste actuellement à un regroupement constructeur-opérateur : aujourd’hui, c’est le service qui est rémunérateur et la tendance vers le low-cost, vers le perdable.

En ce qui concerne l’utilisation ou la réutilisation des systèmes de l’IFREMER pour l’armée, M. Rigaud confirme qu’il existe des accords de coopération sur la technologie, des opérations croisées mais que les cahiers des charges sont nettement différents. Il peut y avoir coopération fonctionnelle, mais les coûts et les calendriers ne sont pas les mêmes.

AUV de surveillance

AUV

Ils sont deux, AsterX et IdefX. Ils sont employés pour la surveillance des pipe-lines par exemple. Ils ont montré une grande efficacité, avec 70 à 100 plongés par an. Ils nécessitent trois techniciens. L’énergie est délivrée par une batterie Lithium-Ion. Complètement matures pour des missions simples, ce sont des AUV d’intervention, hybrides, c’est-à-dire au déploiement autonome, mais sous contraintes. Ils peuvent intervenir jusqu’à 2800 m de profondeur.

Le projet européen Alive vise à améliorer ces équipements : Il s’agit de connecter des bras sur les structures habituellement utilisées.

Problématiques et perspectives à 15 ans

[…] L’article dans son intégralité est paru dans Planète Robots n°32 du 1er Mars 2015

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